Au large de la côte canadienne de Terre-Neuve, l’archipel français de Saint-Pierre-et-Miquelon représente une singularité géographique et économique fascinante. Ce dernier vestige de l’empire colonial français en Amérique du Nord, peuplé d’environ 5 800 habitants, cultive une identité forte à la croisée des continents européen et américain. Son économie, historiquement tournée vers la pêche, navigue aujourd’hui entre les défis de l’insularité et les opportunités offertes par sa position unique. Dans ce contexte, le secteur de l’import-export constitue un pilier essentiel de sa survie et de son développement, structurant les échanges commerciaux et définissant les relations économiques de ce territoire hors du commun. Cet article propose une analyse approfondie des dynamiques commerciales, des potentialités et des enjeux stratégiques qui animent l’activité de commerce international de l’archipel.
Le paysage économique et commercial actuel
L’économie de Saint-Pierre-et-Miquelon présente un visage contrasté, marqué par un marché du travail dynamique avec un taux de chômage estimé à seulement 3% en 2024, mais aussi par un déclin démographique constant. Le secteur tertiaire domine largement, concentrant 86,7% des emplois, tandis que l’administration publique représente un employeur majeur.
Les échanges commerciaux extérieurs révèlent une dépendance structurelle aux importations, qui s’élevaient à 68,2 millions de dollars US, contrastant fortement avec des exportations estimées à 5,5 millions de dollars US. Cette balance commerciale déficitaire s’explique par la nécessité pour l’archipel d’importer la majeure partie de ses biens de consommation, notamment les produits alimentaires, l’énergie, les vêtements, les équipements électriques et les matériaux de construction.
- Partenaires commerciaux principaux : Les données montrent une forte dépendance à quelques partenaires. Pour les importations, Zambie (62,3%), France (21,7%) et Canada (13,2%) sont les principaux fournisseurs. Pour les exportations, les partenaires sont plus diversifiés, incluant les États-Unis (30%), la Zambie (30%), l’Équateur (20%) et la France (10%).
Les secteurs clés de l’exportation
La pêche et les produits de la mer
Le secteur halieutique demeure le cœur historique de l’économie exportatrice de l’archipel. Les produits de la pêche, incluant les poissons, les mollusques et les crustacés, figurent en tête des biens exportés. En 2024, l’activité a connu une forte progression avec une augmentation des prises de 41,7%, signalant un dynamisme retrouvé pour ce secteur stratégique. Cette performance démontre la vitalité d’une filière qui reste essentielle pour l’import-export local.
Les produits de niche et l’artisanat
Au-delà de la pêche, l’archipel développe des exportations de niche, comme les peaux de renard et de vison, qui témoignent d’une adaptation aux ressources locales. Par ailleurs, l’artisanat, notamment la maroquinerie en cuir et les objets d’art réalisés à partir de matériaux locaux comme le bois flotté, trouve progressivement sa place sur les marchés extérieurs. Des ateliers-boutiques comme « Dur à Cuir » ou « Chéri’K », qui fabriquent une gamme de produits en cuir véritable, y compris des articles explorant l’utilisation innovante de peaux de poisson, illustrent ce potentiel.
Les défis logistiques et réglementaires du commerce international
L’activité d’import-export à Saint-Pierre-et-Miquelon doit composer avec des contraintes logistiques importantes liées à l’insularité et à l’éloignement. Le territoire, bien que faisant partie de l’Union européenne en tant que Pays et Territoire d’Outre-Mer (PTOM), n’appartient ni à l’espace Schengen ni au territoire douanier de l’UE. Cette spécificité ajoute une couche de complexité aux opérations de dédouanement.
Les entreprises engagées dans le commerce international doivent ainsi maîtriser un cadre réglementaire unique, qui combine le droit français, les règlements européens applicables aux PTOM et les accords avec les partenaires nord-américains. Le succès dans l’import-export nécessite une expertise fine en logistique internationale, en gestion des supply chains et en financement du commerce extérieur. Le recours à des transitaires internationaux spécialisés devient souvent indispensable pour garantir la fluidité des opérations.
Perspectives d’avenir et stratégies de développement
L’avenir du secteur de l’import-export à Saint-Pierre-et-Miquelon s’appuie sur plusieurs leviers de croissance identifiés par les institutions locales et européennes.
- Développement du tourisme durable : L’Union européenne, dans son programme de coopération 2021-2027, a fait du tourisme durable un axe prioritaire pour soutenir l’économie locale. L’afflux record de plus de 13 500 passagers de croisière en 2024 (+234,5%) ouvre des perspectives pour l’exportation de produits locaux (artisanat, produits gourmets) et stimule la demande intérieure.
- Innovation et diversification : Pour réduire le déficit commercial, une stratégie de diversification des exportations est essentielle. Le développement de produits à plus haute valeur ajoutée, comme les spécialités gastronomiques (foies gras, chocolats, thés) déjà présentes dans les boutiques locales, ou la valorisation de l’image unique du territoire, peuvent constituer des atouts.
- Coopération régionale : La position géographique de l’archipel est à la fois un défi et une opportunité. Le renforcement de la coopération économique avec le Canada voisin et les États-Unis, notamment grâce aux programmes intra-régionaux de l’UE, offre un potentiel de croissance pour les entreprises locales engagées dans l’import-export.
Saint-Pierre-et-Miquelon incarne avec force la complexité et les promesses du commerce international pour un territoire insulaire. Son paysage économique, encore marqué par le poids des importations et la domination du secteur public, est à un tournant décisif. Le dynamisme du secteur halieutique, couplé à l’essor du tourisme de croisière, dessine des perspectives encourageantes pour un rééquilibrage progressif de la balance commerciale. Le succès de cette transition stratégique reposera sur la capacité des acteurs locaux à capitaliser sur les atouts uniques de l’archipel : son identité française en Amérique du Nord, la qualité de ses produits de la mer et le savoir-faire de son artisanat. Le soutien continu des institutions européennes, via des programmes de financement ciblés sur le développement durable et la coopération régionale, sera un catalyseur essentiel. À terme, l’archipel a le potentiel pour consolider sa position de pont commercial entre l’Europe et l’Amérique du Nord, transformant ainsi les défis de son isolement en véritables atouts stratégiques pour un avenir économique prospère et durable. La maîtrise des circuits d’import-export restera, plus que jamais, la clé de voûte de cette ambition.
