Mauritanie : un acteur émergent dans le commerce international

La Mauritanie, carrefour entre l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne, sculpte progressivement sa place sur l’échiquier du commerce mondial. Son économie, traditionnellement ancrée dans l’exploitation de ressources naturelles, connaît une transformation dynamique portée par des réformes ambitieuses et l’émergence de nouveaux secteurs prometteurs. Les chiffres du import-export racontent cette évolution : avec un taux d’ouverture commerciale avoisinant les 91 % de son PIB, le pays s’affirme comme une économie résolument tournée vers l’extérieur. Cet article explore les rouages, les opportunités et les défis du commerce mauritanien, en mettant en lumière les stratégies qui sous-tendent ses échanges avec le monde. Alors que les exportations ont grimpé de 18 % au premier trimestre 2025, il est temps de décrypter les ressorts de cette croissance et son potentiel pour les investisseurs internationaux.

Le paysage économique et l’importance du commerce extérieur

L’économie mauritanienne repose structurellement sur ses ressources naturelles. Le secteur minier, en particulier le fer et l’or, constitue le pilier historique des exportations, représentant souvent plus des deux tiers des revenus d’exportation. Vient ensuite le secteur de la pêche, qui exploite l’un des plateaux maritimes les plus poissonneux au monde au large du Banc d’Arguin. Cette dépendance aux matières premières non transformées expose le pays aux fluctuations des cours mondiaux, une vulnérabilité que le gouvernement cherche à atténuer par une diversification économique. Cette volonté se traduit par des politiques actives de libéralisation et de promotion des investissements étrangers, menées depuis les années 1990. Le commerce international n’est pas une option mais une nécessité pour la Mauritanie, qui dépend largement des importations pour satisfaire ses besoins intérieurs, notamment en denrées alimentaires et en produits pétroliers.

Les produits phares à l’exportation

Le profil des exportations mauritaniennes est dominé par un nombre limité de produits à haute valeur.

  • Les minerais : Le fer, exploité par la société nationale SNIM, est une ressource centrale. Selon les périodes, il peut constituer le premier ou le deuxième produit d’exportation, avec une part pouvant atteindre 32% du total. L’or, extrait principalement par la compagnie canadienne Kinross, est l’autre joyau des exportations, représentant environ 31% des revenus. Le cuivre contribue également, bien que plus modestement, aux ventes à l’étranger.
  • Les produits de la pêche : Les exportations de poissons et de mollusques (notamment la seiche) sont vitales pour l’économie. Ce secteur affiche une croissance remarquable, avec une augmentation de 32% en volume au premier trimestre 2025, représentant 27% de la valeur totale des exportations. Cette performance illustre le potentiel sous-exploité de la côte atlantique.
  • Une nouvelle ère énergétique : L’avenir des exportations réside dans le gaz naturel. Le projet offshore Greater Tortue Ahmeyim (GTA), mené par BP et Kosmos Energy, est attendu pour mi-2025 et promet de bouleverser la donne économique en faisant de la Mauritanie un exportateur d’énergie.

Les importations : structure et dépendances

La structure des importations de la Mauritanie reflète les limites de son appareil productif national. Le pays est structurellement déficitaire sur le plan commercial, avec une balance des biens et services négative.

  • Produits pétroliers et alimentaires : Les importations sont largement dominées par les produits pétroliers raffinés, qui peuvent constituer jusqu’à 34,4% du total des achats à l’étranger. Viennent ensuite les denrées alimentaires de base comme le sucre, le blé, et les huiles végétales (soja, palme), soulignant la dépendance alimentaire du pays.
  • Biens d’équipement et de consommation : La Mauritanie importe également massivement des biens d’équipement (machines industrielles, pipes pour pipelines) nécessaires à ses secteurs miniers et énergétiques, ainsi que des biens de consommation manufacturés qui ne sont pas produits localement. Cette composition montre une économie encore en développement, dont la base industrielle reste étroite.

Principaux partenaires commerciaux

La géographie commerciale de la Mauritanie est diversifiée, marquée par l’influence croissante des économies émergentes et la présence traditionnelle des partenaires européens.

  • Clients : Le Canada est devenu le premier destinataire des exportations mauritaniennes, principalement en raison de ses achats d’or. La Chine est un partenaire stratégique de premier plan, absorbant une part très importante du minerai de fer, du cuivre et des produits de la pêche. Enfin, l’Europe, avec en tête l’Espagne, la Suisse et la Belgique, reste un marché incontournable, représentant 42% des exportations au premier trimestre 2025.
  • Fournisseurs : Pour ses importations, la Mauritanie se tourne principalement vers les Émirats Arabes Unis (source majeure de produits pétroliers), l’Espagne, la Belgique, la Chine et la France. Cette diversité des sources d’approvisionnement est cruciale pour la sécurité et la compétitivité de son économie.

Opportunités et défis pour le commerce mauritanien

Le paysage commercial mauritanien est en pleine mutation, offrant des perspectives prometteuses pour les investisseurs. Les opportunités les plus significatives se situent dans le secteur de l’énergie (gaz naturel et énergies renouvelables, notamment l’hydrogène vert), les infrastructures, l’agrobusiness le long de la vallée du fleuve Sénégal, et le tourisme. Le gouvernement facilite cet essor grâce à des institutions comme l’APIM, une agence de promotion des investissements qui sert de guichet unique pour les démarches des entrepreneurs.

Cependant, des défis persistent. Le pays doit poursuivre ses efforts pour diversifier son économie au-delà des matières premières, améliorer ses infrastructures logistiques (ports, routes) et renforcer la compétitivité de son secteur privé. La simplification du cadre réglementaire et la lutte contre les barrières non tarifaires sont autant de chantiers essentiels pour libérer tout le potentiel du commerce import-export mauritanien.

La Mauritanie se positionne résolument comme un acteur en devenir sur la scène du commerce international. Son économie, bien qu’encore tributaire de la rente minière et halieutique, est à un tournant décisif. Le démarrage imminent de l’exploitation gazière au projet GTA, couplé à une volonté politique affichée de diversification et d’amélioration du climat des affaires, ouvre une nouvelle page pour le import-export mauritanien. Les chiffres récents, comme la croissance de 18% des exportations au début de l’année 2025, ne sont probablement que les prémisses d’une transformation plus profonde. Pour les partenaires économiques internationaux, le moment est stratégique pour s’engager dans ce marché. Les opportunités dans les énergies renouvelables, l’agriculture et les infrastructures sont immenses. Cependant, la réussite durable de cette stratégie commerciale passera nécessairement par une valorisation plus poussée des ressources nationales sur place, une intégration régionale accrue au sein de la CEDEAO et de la ZLECAf, et une attention constante à l’équilibre de la balance commerciale. La Mauritanie a les atouts pour devenir un hub économique régional ; son avenir commercial dépendra de sa capacité à transformer ces atouts en valeur ajoutée pour son peuple et ses partenaires.

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