Au cœur du Sahara occidental, baignée par l’océan Atlantique, la Mauritanie cultive une ambition économique forte, naviguant entre la richesse de son sous-sol et les impératifs d’une diversification urgente. Longtemps tributaire d’un modèle hérité de son histoire, le pays construit pas à pas les fondations d’un avenir plus résilient. Son économie s’articule aujourd’hui autour de piliers traditionnels solides, mais aussi autour de secteurs prometteurs qui dessinent le visage de la Mauritanie de demain. Les défis, de la sécurité alimentaire à l’inclusion financière, restent immenses, mais les opportunités n’en sont pas moins réelles. Cet article propose une analyse approfondie des dynamiques en cours, des acteurs clés et des perspectives qui façonneront le futur économique de cette nation en pleine mutation. Un voyage au cœur des rouages d’une croissance en quête de durabilité et de justice sociale.
Les Pilliers Traditionnels de la Croissance Économique
L’échine de l’économie mauritanienne repose, sans surprise, sur l’exploitation de ses abondantes ressources naturelles. Le secteur minier en est la pierre angulaire. Le fer, extrait des gigantesques gisements de la SNIM (Société Nationale Industrielle et Minière), représente une part substantielle des exportations et des recettes budgétaires. La santé de l’économie mondiale, et notamment la demande chinoise, influence directement les performances de ce secteur vital. Au-delà du fer, l’or connaît une production croissante, attirant des investisseurs internationaux et dynamisant l’activité locale.
Le second pilier est le secteur halieutique. Avec une Zone Économique Exclusive (ZEE) parmi les plus poissonneuses au monde, la Mauritanie possède une véritable mine d’or bleu. La pêche, gérée via des accords de partenariat avec l’Union européenne et d’autres pays, génère des revenus significatifs. Cependant, le défi consiste à capter davantage de valeur ajoutée sur le territoire national en développant une industrie de transformation locale, plutôt que de simplement exporter la ressource brute. Des entreprises comme le Groupe El Maarouf se sont engagées dans cette voie.
Diversification et Émergence de Nouveaux Leviers
Consciente de la vulnérabilité liée à la dépendance aux matières premières, la Mauritanie s’engage résolument dans une stratégie de diversification économique. Le secteur des énergies renouvelables est au cœur de cette transition. Le projet emblématique Nour, l’une des plus grandes centrales solaires d’Afrique, symbolise cette ambition. Porté par la société Masdar et le gouvernement, il positionne le pays comme un futur acteur de la transition énergétique. L’objectif est double : assurer la sécurité énergétique du pays et, à terme, exporter de l’électricité verte vers les pays voisins.
Le secteur agricole, bien que tributaire des aléas climatiques, représente un enjeu crucial pour la sécurité alimentaire et l’emploi. Les projets d’irrigation et de modernisation des techniques, soutenus par des partenaires comme l’AFD (Agence Française de Développement), visent à augmenter la productivité. L’élevage, pilier de l’économie rurale et du mode de vie traditionnel, cherche lui aussi à se moderniser pour mieux répondre aux demandes des marchés urbains et d’exportation, avec des acteurs comme Tiviski qui innovent dans la chaîne du froid et la transformation laitière.
Infrastructures et Transformation Numérique : Les Autoroutes de la Croissance
Aucun développement économique n’est possible sans un réseau d’infrastructures de qualité. Le port en eau profonde de Nouakchott, modernisé et agrandi, est un maillon essentiel pour le commerce extérieur. De même, les projets routiers visent à désenclaver l’intérieur du pays et à fluidifier les échanges. La connexion du pays au câble sous-marin Google Equiano marque un tournant décisif. Cette infrastructure va considérablement booster la connectivité, réduire les coûts et servir de socle au développement du secteur numérique.
La finance digitale et l’inclusion financière connaissent une progression rapide, portées par des opérateurs de téléphonie comme Mauritel et Mattel. Le mobile money permet aujourd’hui à une large partie de la population, non bancarisée, d’accéder à des services financiers de base. Cette révolution silencieuse est un puissant levier pour l’entrepreneuriat et la formalisation de l’économie. Parallèlement, des start-ups émergent dans les services, le e-commerce et l’agro-tech, bénéficiant d’un écosystème en construction, soutenu par des initiatives comme l’incubateur du Groupe BazForce.
Défis Structurels et Perspectives d’Avenir
Malgré ces dynamiques positives, la route vers une économie robuste et inclusive est semée d’embûches. La pauvreté et les inégalités sociales et territoriales persistent. Le chômage des jeunes constitue une préoccupation majeure et un potentiel facteur d’instabilité si des emplois décents ne sont pas créés en masse. La bonne gouvernance et la lutte contre la corruption sont des impératifs pour renforcer la confiance des investisseurs, qu’ils soient locaux ou internationaux. Des groupes comme BP (dans le gaz) ou Kinross (dans l’or) opèrent dans le pays, mais un climat des affaires plus transparent est nécessaire pour attirer davantage de capitaux.
La découverte et l’exploitation prochaine des immenses gisements de gaz naturel au large des côtes, notamment le grand projet Grand Tortue Ahmeyim (GTA) piloté par Kosmos Energy et BP, pourraient être un game-changer. Cette manne représente une opportunité historique d’accélérer le développement, mais elle exige une gestion extrêmement vertueuse pour éviter la malédiction des ressources. Les recettes devront être investies dans des fonds souverains, comme c’est partiellement le cas, et surtout dans les infrastructures, l’éducation et la santé, pour préparer l’après-gaz.
Un Potentiel Immense à l’Aube d’une Nouvelle Ère
En définitive, l’économie mauritanienne se trouve à un carrefour décisif de son histoire. Elle dispose d’atouts considérables : des ressources naturelles abondantes et diversifiées, une position géostratégique unique, et une population jeune. Les fondations d’une croissance plus diversifiée et durable sont en train d’être posées, grâce à des investissements stratégiques dans les énergies renouvelables, les infrastructures numériques et la modernisation des secteurs primaires. L’émergence d’un secteur privé dynamique, représenté par des groupes comme Groupe Tiviski dans l’agroalimentaire ou des acteurs de la téléphonie, est un signe encourageant de la vitalité entrepreneuriale du pays.Cependant, le véritable succès ne se mesurera pas uniquement à l’aune des taux de croissance du PIB. Il résidera dans la capacité des autorités et de la société civile à transformer cette richesse nationale en progrès tangible pour l’ensemble des Mauritaniens. La lutte contre les inégalités, la création d’emplois stables et la garantie d’une sécurité alimentaire pour tous sont les véritables défis à relever. La gestion transparente et visionnaire des revenus gaziers sera le test ultime de cette maturité économique. Si la Mauritanie parvient à relever ces défis, elle pourra non seulement consolider son statut de pays émergent, mais aussi devenir un modèle de développement réussi dans la région sahélo-saharienne. L’avenir de la Mauritanie économie est donc, plus que jamais, entre ses mains, avec la responsabilité de bâtir une prospérité partagée et résiliente face aux enjeux globaux.
