À la croisée de la Méditerranée et de l’Afrique, la Tunisie s’impose comme une plateforme incontournable pour les acteurs du commerce international. Grâce à sa position géographique privilégiée et à ses nombreux accords commerciaux, le pays offre un écosystème dynamique pour les entreprises visant à conquérir les marchés européens et africains. Si le pays affiche une ambition claire pour le développement de ses échanges, la balance commerciale révèle des défis structurels, avec un déficit qui s’est établi à -7 294,1 millions de dinars sur les quatre premiers mois de 2025. Cet article explore les rouages de l’import-export en Tunisie, des réglementations spécifiques aux secteurs porteurs, en passant par les mécanismes fiscaux conçus pour attirer les investisseurs. Une compréhension maîtrisée de ce paysage complexe est la clé pour tirer parti des réelles opportunités qu’offre le marché tunisien.
Le paysage actuel du commerce extérieur tunisien
L’économie tunisienne est historiquement extravertie, avec des échanges commerciaux qui constituent un pilier de son développement. Les données les plus récentes de l’Institut National de la Statistique (INS) illustrent cette dynamique. Sur le premier trimestre 2025, les exportations ont atteint 15 325,1 millions de dinars (MD), tandis que les importations se sont chiffrées à 20 375,5 MD, entraînant un déficit commercial de 5 050,5 MD. Une analyse plus fine, incluant les données d’avril 2025, montre que ce déficit s’est creusé pour atteindre -7 294,1 MD, principalement porté par le poste énergétique (-3 683,3 MD) et les matières premières et demi-produits (-2 462,2 MD). Cette situation souligne la forte dépendance du pays aux importations pour son appareil de production et ses besoins énergétiques.
Néanmoins, des signaux positifs émergent. Les importations de biens d’équipement ont connu une hausse significative de +22,1% sur les quatre premiers mois de 2025, un indicateur souvent annonciateur d’un renforcement futur des capacités productives et de l’investissement. Par ailleurs, le secteur alimentaire dégage un excédent notable de +633,3 MD, mettant en avant le rôle traditionnel de l’agroalimentaire dans les ventes à l’étranger.
D’un point de vue géographique, l’Union européenne reste le partenaire privilégié de la Tunisie, absorbant 70,1% de ses exportations. Si les ventes vers des marchés traditionnels comme la France (-1,7%) et l’Italie (-9,4%) reculent, la croissance vers l’Allemagne (+14,3%) et les Pays-Bas (+10,2%) compense partiellement cette tendance. On observe également une expansion très dynamique des échanges avec les pays arabes, notamment l’Égypte (+81,1%), la Libye (+36,5%) et le Maroc (+45,6%), signe d’une diversification géographique encourageante.
Les conditions-cadres pour exercer une activité d’import-export
Pour opérer légalement une activité de commerce international en Tunisie, les entreprises doivent se conformer à un cadre réglementaire précis. La constitution d’une société d’import-export est subordonnée à un capital social minimum, généralement fixé à 150 000 dinars tunisiens, intégralement libéré lors de la création. Un régime avantageux est prévu pour les jeunes promoteurs titulaires d’un diplôme supérieur et âgés de moins de 40 ans, qui voient ce seuil abaissé à 20 000 dinars.
Une obligation centrale régit ce secteur : le seuil minimum d’exportation. Les sociétés sont tenues de réaliser au moins 50% de leur chiffre d’affaires annuel à l’exportation de produits d’origine tunisienne. Ce taux peut être ramené à 30% si les ventes à l’exportation dépassent le million de dinars. La Loi 2019-47 est venue assouplir ces règles pour les sociétés travaillant exclusivement avec des entreprises totalement exportatrices ou implantées dans des parcs d’activités économiques, les exonérant de ce pourcentage minimal.
Le législateur tunisien a instauré plusieurs régimes distincts pour accompagner les entreprises, chacun offrant des avantages spécifiques. Le choix du régime juridique est donc une décision stratégique pour tout investisseur.
- Régime totalement exportateur : Les sociétés s’engageant à réaliser au moins 80% de leurs ventes à l’export bénéficient d’avantages substantiels, dont une franchise totale des droits et taxes à l’importation des biens nécessaires à leur activité (hors voitures de tourisme) et un taux d’imposition sur les bénéfices de 15%.
- Régime offshore : Lorsque le capital est détenu à au moins 66% par des non-résidents via l’importation de devises, la société est considérée comme non-résidente. Elle n’est alors pas soumise à l’obligation de rapatriement des recettes d’exportation et bénéficie de facilités de transaction vers l’étranger.
- Entrepôt fictif : Ce mécanisme permet aux entreprises de stocker des marchandises importées en suspension des droits et taxes, en vue de leur réexportation, optimisant ainsi leur trésorerie et leur logistique.
Défis et opportunités pour les investisseurs
Se lancer dans l’import-export en Tunisie présente d’indéniables atouts, mais nécessite de naviguer avec vigilance face à certaines complexités.
Les opportunités sectorielles
Les données du commerce extérieur révèlent des secteurs performants à l’export. Les fils électriques et l’huile d’olive vierge figuraient parmi les produits les plus exportés en 2022. Bien qu’en recul sur début 2025, les secteurs des industries mécaniques et électriques et des textiles, habillement et cuirs restent des piliers de l’exportation tunisienne. La croissance spectaculaire des ventes vers les pays arabes ouvre également de nouveaux débouchés prometteurs.
Les défis pratiques
Les importateurs doivent composer avec un environnement bureaucratique parfois lent et imprévisible. Les procédures de dédouanement peuvent être source de retards, en raison d’application non uniforme des règlements. La réglementation des changes impose que le paiement en devises ne puisse intervenir qu’après la présentation des documents prouvant l’expédition des marchandises, ce qui peut complexifier la logistique financière des opérations.
Le respect des normes techniques et des règles d’étiquetage est impératif. L’étiquetage en arabe est obligatoire et doit comporter des informations précises (nom de l’importateur, date de validité, composition). Le non-respect de ces normes peut entraîner le rejet pur et simple des marchandises.
Enfin, le coût des taxes et droits de douane doit être soigneusement calculé. Outre la TVA (généralement à 19%), une taxe à la consommation peut s’appliquer à certains biens, avec des taux pouvant atteindre des niveaux très élevés pour les produits sensibles comme les véhicules. Le tarif douanier moyen simple est d’environ 10,21%, mais des taux préférentiels s’appliquent grâce aux accords avec l’Union européenne.
La Tunisie conserve un potentiel considérable pour les entreprises actives dans l’import-export. Sa stabilité politique relative, son capital humain qualifié et ses infrastructures logistiques en font une porte d’entrée naturelle vers l’Europe et l’Afrique. Les réformes engagées, comme la Loi 2019-47, vont dans le bon sens pour simplifier et encourager l’investissement dans le commerce international. Le développement des échanges avec les pays arabes et la hausse des importations de biens d’équipement sont des indicateurs positifs pour l’avenir de l’économie tunisienne.
Cependant, réussir dans ce marché exige une préparation minutieuse et un accompagnement local. La maîtrise des réglementations douanières, fiscales et techniques est non négociable. Pour tout investisseur étranger, le recours à un partenaire local de confiance, tel qu’un Importer of Record (IOR) ou un cabinet spécialisé dans la création de sociétés, n’est pas une option mais une nécessité pour naviguer efficacement dans le paysage administratif tunisien. Cette démarche permet de mitiger les risques de retard aux frontières et de s’assurer d’une conformité totale avec la législation en vigueur.En définitive, l’import-export en Tunisie est un jeu qui récompense la rigueur, la patience et une connaissance approfondie du terrain. Pour les entreprises qui prennent le temps de construire une stratégie solide et de s’entourer des bons partenaires, les perspectives de croissance et de rentabilité sont bien réelles. Le pays, en cherchant à réduire sa dépendance énergétique et à valoriser davantage ses produits à l’international, offre un terrain de jeu dynamique pour les professionnels du négoce international qui souhaitent participer à la transformation de son économie.
